Dans la région du Littoral, les premières pluies marquent souvent le retour d’une forte activité agricole. Parmi les cultures qui gagnent progressivement du terrain auprès des petits producteurs figure la citronnelle, encore appelée Cymbopogon citratus. Longtemps utilisée uniquement dans les ménages pour les tisanes ou comme répulsif naturel contre les moustiques, cette plante aromatique attire désormais de nombreux cultivateurs du département du Wouri, du Moungo ou encore de la Sanaga-Maritime.
Avec l’installation progressive de la saison pluvieuse dans les zones côtières comme Douala, les conditions deviennent particulièrement favorables à cette culture. Les prévisions météorologiques annoncent d’ailleurs un début de saison marqué par des pluies régulières sur la façade côtière camerounaise.
Une plante adaptée au climat du Littoral
La citronnelle apprécie les climats chauds et humides. Elle pousse mieux dans des températures comprises entre 18 et 30°C avec un bon ensoleillement et une humidité régulière.  Dans le Littoral camerounais, où les pluies deviennent abondantes entre mars et juin, les cultivateurs profitent généralement de cette période pour multiplier les plants et préparer les nouvelles parcelles.
Dans les localités rurales autour de Dibombari, Souza ou Edea, plusieurs agriculteurs choisissent désormais cette culture parce qu’elle demande relativement peu d’entretien comparée à certaines spéculations plus exigeantes. La citronnelle se développe rapidement lorsque le sol est riche en matière organique et bien drainé. Toutefois, les producteurs doivent rester vigilants face à l’excès d’eau, fréquent pendant les fortes pluies du Littoral. Des spécialistes rappellent que la plante aime l’humidité mais supporte mal l’eau stagnante qui provoque souvent le pourrissement des racines.
Une demande qui augmente
Depuis quelques années, les habitudes de consommation évoluent dans les grandes villes camerounaises. Les tisanes naturelles et les huiles essentielles gagnent en popularité. La citronnelle est recherchée pour ses propriétés aromatiques, son usage dans certaines recettes culinaires et son parfum apprécié dans les produits de bien-être.
Dans plusieurs marchés de Douala, les bottes de citronnelle trouvent facilement preneurs, surtout pendant les périodes de forte pluie où les moustiques prolifèrent. Certains petits entrepreneurs transforment également les feuilles en huiles essentielles artisanales ou en boissons naturelles.
Pour de jeunes agriculteurs, cette culture représente une opportunité accessible avec un investissement de départ relativement faible. Quelques touffes suffisent souvent pour lancer une petite exploitation.
Les réalités du terrain
Malgré cet engouement, les difficultés restent nombreuses. L’état des routes rurales constitue un frein majeur pendant la saison des pluies. Dans plusieurs bassins agricoles du Littoral, les pistes deviennent difficilement praticables après de fortes averses, compliquant l’acheminement des récoltes vers les marchés urbains.
Les cultivateurs font aussi face au manque d’encadrement technique. Beaucoup apprennent encore la culture de la citronnelle de manière empirique, sans véritable accompagnement agricole. Certains producteurs ignorent par exemple les bonnes distances de plantation ou les techniques de drainage nécessaires en période pluvieuse.
« Quand les pluies deviennent trop fortes, certaines parcelles restent inondées plusieurs jours et les plants jaunissent rapidement », témoigne Armand, jeune cultivateur rencontré dans la périphérie d’Edéa. « Mais malgré cela, la demande reste bonne et nous continuons parce que la plante pousse vite. »
D’autres producteurs évoquent également les difficultés d’accès aux marchés structurés. La majorité vend encore sa production de manière informelle à des revendeuses ou directement aux consommateurs.
Une culture prometteuse pour les jeunes
Dans un contexte où de nombreux jeunes recherchent des activités génératrices de revenus à faible coût, la citronnelle apparaît comme une alternative intéressante. Sa croissance rapide permet plusieurs récoltes dans l’année, surtout en saison humide. Des études menées en Afrique centrale montrent d’ailleurs que les rendements augmentent fortement pendant les périodes pluvieuses.
Plusieurs observateurs estiment que cette filière pourrait se structurer davantage dans les prochaines années avec l’essor des produits naturels et du bien-être au Cameroun. Des coopératives locales commencent déjà à s’intéresser à la transformation et au conditionnement de la citronnelle séchée.
En ce début de saison pluvieuse 2026, la citronnelle continue donc de séduire de nombreux cultivateurs du Littoral. Entre opportunités économiques et défis liés au climat, cette plante aromatique s’impose progressivement comme une culture d’avenir pour plusieurs familles rurales de la région.