
Quand la gastronomie célèbre les gardiennes de notre patrimoine agricole. Avant d’être un plat qui émerveille les papilles, chaque recette commence par une semence. Derrière le manioc, le maïs, l’arachide, l’igname ou encore le plantain qui composent les mets traditionnels camerounais se cache un patrimoine souvent invisible, mais essentiel : les semences paysannes. C’est ce message fort qu’a porté les organisations de la société civile lors de leur participation à la Semaine de la Gastronomie Camerounaise, organisée du 16 au 22 juin 2026 sur l’esplanade de la Mairie de Yaoundé IV à Ekounou.
Placée sous le thème « Célébrer le patrimoine culinaire : honorer le passé, nourrir le présent, façonner un avenir durable », cette manifestation organisée par le World Food Forum (FAO) a rassemblé producteurs, transformateurs, restaurateurs, chercheurs, étudiants et visiteurs autour d’une ambition commune : valoriser les richesses culinaires du Cameroun tout en promouvant une alimentation durable.
Les semences paysannes, premiers ingrédients de notre gastronomie
L’Exposition des semences paysannes, plus qu’une simple présentation de graines, il s’agissait d’un véritable voyage au cœur de la biodiversité agricole camerounaise.
Des variétés locales d’arachides, présentées dans des paniers traditionnels et des contenants artisanaux, côtoyaient des semences maraîchères et florales, témoignant de la richesse du patrimoine semencier national. Chaque variété racontait une histoire : celle des terroirs, des familles paysannes et des savoir-faire transmis de génération en génération.
À travers cette exposition, le RADD a rappelé que les semences paysannes constituent le premier maillon de la chaîne alimentaire. Elles sont le fondement d’une agriculture capable de nourrir les populations tout en préservant la biodiversité, l’identité culturelle et la souveraineté alimentaire.
Les saveurs de l’agroécologie dans les assiettes
La gastronomie durable ne s’arrête pas à la production des semences. Elle se poursuit dans la transformation et la valorisation des produits locaux.
L’exposition des semences a mis en lumière une gamme variée de farines issues du manioc, du macabo, de la patate douce, de l’igname et du plantain. Ces produits illustrent le potentiel des chaînes de valeur locales et démontrent qu’il est possible de transformer les productions paysannes en aliments nutritifs, compétitifs et adaptés aux habitudes alimentaires des populations.
Les visiteurs ont également découvert plusieurs produits forestiers non ligneux transformés, notamment le vin de table à base de bilé bivamba, preuve que les ressources naturelles, lorsqu’elles sont gérées durablement, peuvent offrir de nouvelles perspectives économiques aux communautés rurales.
Chaque produit exposé traduisait une même vision : produire localement, transformer durablement et consommer sainement.
Préserver les semences pour préserver les saveurs
L’un des principaux enseignements de cette semaine gastronomique est que la qualité de notre alimentation dépend étroitement de la diversité des semences que nous cultivons.
Face à l’uniformisation des systèmes agricoles et aux effets du changement climatique, les semences paysannes apparaissent comme un patrimoine stratégique. Sélectionnées et conservées par les producteurs au fil des générations, elles offrent une meilleure adaptation aux conditions locales, une plus grande diversité alimentaire et une résilience accrue face aux aléas climatiques.
Un espace de dialogue autour de l’agroécologie
Au-delà de l’exposition, la Semaine de la Gastronomie Camerounaise a constitué un véritable espace de sensibilisation et de partage. Les visiteurs ont échangé avec les organisations de la société civile sur les enjeux liés à la conservation des semences paysannes, à l’agroécologie et à la souveraineté alimentaire.
Ces échanges ont permis de créer de nouveaux partenariats et de renforcer l’intérêt des visiteurs pour la conservation du patrimoine semencier camerounais.
Une agriculture qui nourrit le présent et prépare l’avenir
Les semences paysannes ne sont pas seulement des graines destinées à produire des récoltes. Elles sont les gardiennes de notre mémoire agricole, les garantes de notre diversité alimentaire et les premières ambassadrices d’une agroécologie qui nourrit les populations tout en préservant les ressources naturelles.
À Yaoundé, durant cette semaine de célébration, un message s’est imposé avec force : préserver les semences paysannes, c’est protéger les saveurs de nos terroirs, renforcer notre souveraineté alimentaire et transmettre aux générations futures un patrimoine vivant, riche et durable.
MOMHA Marguerite