Les réalités terrain actuelles dans la culture du gombo au Cameroun

La culture du gombo reste aujourd’hui l’une des activités maraîchères les plus pratiquées au Cameroun. Très apprécié dans les habitudes alimentaires locales, ce légume constitue également une importante source de revenus pour de nombreuses familles rurales. Dans les régions du Littoral, du Centre, de l’Ouest ou encore du Nord, des centaines de producteurs misent sur cette culture pour assurer leur survie économique. Mais derrière les récoltes visibles sur les marchés, les réalités de terrain demeurent particulièrement difficiles.

Une culture qui attire malgré les difficultés

Le gombo séduit de nombreux agriculteurs grâce à son cycle de production relativement court et à la forte demande des consommateurs. Après quelques semaines seulement, les premières récoltes peuvent commencer, permettant des revenus rapides. À Dibombari, dans le Littoral, Jean-Pierre, jeune cultivateur de 29 ans, explique : « Le gombo nous permet d’avoir de l’argent rapidement. Contrairement à certaines cultures qui prennent plusieurs mois, ici on commence à récolter assez tôt. Mais les dépenses deviennent lourdes avant même la première vente. » Comme lui, plusieurs jeunes se tournent vers le maraîchage faute d’emplois stables. Cependant, beaucoup découvrent rapidement que la rentabilité dépend fortement des moyens financiers disponibles.

Le coût élevé des intrants agricoles

Sur le terrain, l’augmentation du prix des semences, des engrais et des pesticides représente l’une des principales difficultés rencontrées par les producteurs. Les semences améliorées coûtent cher et restent parfois difficiles à trouver dans certaines zones rurales. À Souza, une productrice nommée Mireille témoigne : « Avant, avec une petite somme, on pouvait préparer le champ. Aujourd’hui, les produits agricoles coûtent très cher. Même les traitements contre les insectes deviennent difficiles à acheter. » Faute de moyens, certains agriculteurs réduisent les doses d’engrais ou utilisent des produits moins efficaces, ce qui affecte directement les rendements.

Le changement climatique bouleverse les récoltes

Les conditions climatiques deviennent également de plus en plus imprévisibles. Dans plusieurs localités, les cultivateurs dénoncent des saisons de pluie irrégulières et des périodes de sécheresse prolongées.

Dans la périphérie de Douala, Emmanuel, producteur depuis plus de dix ans, raconte : « Avant, on connaissait les périodes exactes pour semer. Maintenant la pluie peut disparaître pendant plusieurs semaines puis revenir avec des inondations qui détruisent tout. » Les fortes pluies provoquent souvent la pourriture des plants et favorisent les maladies. À l’inverse, les longues périodes de chaleur assèchent rapidement les parcelles lorsque les producteurs ne disposent pas de système d’irrigation.

Les ravageurs, un combat quotidien

Les attaques d’insectes et les maladies des cultures constituent une autre réalité majeure dans la filière du gombo. Chenilles, pucerons et champignons détruisent régulièrement une partie des récoltes. Dans la localité de Mbanga, une cultivatrice explique : « Certains matins, on arrive au champ et les feuilles sont complètement attaquées. Si tu n’as pas d’argent pour acheter rapidement les produits, tu peux perdre toute la récolte. »

Le manque d’encadrement technique aggrave souvent la situation. Beaucoup de producteurs utilisent des pesticides sans véritable accompagnement agricole, parfois avec des dosages inadaptés.

Les difficultés de transport et de commercialisation

Même après une bonne récolte, les difficultés ne s’arrêtent pas. Le gombo étant très périssable, les producteurs doivent vendre rapidement leurs produits sous peine de pertes importantes. À Loum, un agriculteur raconte : « Quand le marché est saturé, les prix chutent brutalement. Parfois on vend à perte juste pour éviter que le gombo se gâte. »

Le mauvais état des routes rurales complique également le transport vers les grands centres urbains comme Douala ou Yaoundé. Durant la saison des pluies, certains véhicules refusent même d’accéder à certaines plantations. À cela s’ajoute l’absence de structures modernes de conservation. Sans chambre froide ni unité de transformation, les pertes après récolte restent importantes.

Une activité qui continue malgré tout

Malgré ces nombreuses difficultés, la culture du gombo demeure une activité essentielle pour de nombreuses familles camerounaises. Dans plusieurs villages, elle permet de payer la scolarité des enfants, de couvrir certaines dépenses familiales et d’assurer des revenus réguliers. De nombreuses femmes occupent une place centrale dans cette filière, aussi bien dans la production que dans la vente sur les marchés. À Nkongsamba, Clarisse, mère de famille, affirme : « Ce n’est pas facile, mais le gombo nous aide à survivre. Chaque petite récolte permet au moins de nourrir la famille et d’avoir un peu d’argent. »

Vers une modernisation de la filière

Face aux réalités du terrain, plusieurs producteurs souhaitent un meilleur accompagnement des pouvoirs publics et des organisations agricoles. L’accès aux financements, aux formations techniques et aux équipements modernes pourrait considérablement améliorer la production.

Les cultivateurs espèrent également une meilleure organisation des circuits de commercialisation afin de stabiliser les prix et réduire les pertes. La culture du gombo possède un fort potentiel économique au Cameroun. Mais pour que cette filière devienne véritablement rentable et durable, les difficultés vécues quotidiennement sur le terrain devront être davantage prises en compte.

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