Semences paysannes et innovations technologiques : les acteurs d’Afrique centrale interrogent les risques pour la souveraineté alimentaire

À travers une table ronde organisée autour des droits des paysans, experts et acteurs de la société civile croisent leurs regards sur l’avenir des semences paysannes face aux mutations technologiques.

Les débats sont ouverts autour d’une question qui touche directement à l’avenir des systèmes alimentaires africains : « Innovations technologiques et semences paysannes : quels enjeux pour les droits des paysans et la souveraineté alimentaire ? ». La table ronde est co-organisée par la Foire des Semences Paysannes d’Afrique Centrale (FOSPAC) et le Réseau d’Acteurs pour le Développement Durable (RADD).

Dans une agriculture en pleine transformation, marquée par l’essor de nouvelles technologies, la question de l’accès aux semences, de leur conservation et de leur contrôle prend une dimension stratégique. Pour les organisations paysannes et les acteurs de la société civile, l’enjeu est de s’assurer que les innovations contribuent réellement à renforcer les capacités des producteurs sans fragiliser leurs droits sur les semences qu’ils produisent, sélectionnent et transmettent de génération en génération.

L’innovation technologique au cœur des interrogations

La rencontre entend notamment examiner les opportunités mais aussi les défis liés à l’introduction des innovations technologiques dans le secteur semencier. Alors que les technologies peuvent offrir de nouvelles possibilités en matière de sélection variétale, de conservation, de traçabilité ou encore de diffusion des connaissances agricoles, elles soulèvent également des interrogations sur la propriété des semences, l’accès aux ressources génétiques, la dépendance des producteurs et la préservation de la diversité semencière.

Pour les participants, il s’agit donc de dépasser l’opposition entre innovation et tradition. La question centrale est plutôt de savoir quelle innovation pour quelle agriculture et au bénéfice de quels acteurs ? Au cœur des discussions figure la reconnaissance du rôle des paysans dans la conservation et le renouvellement de la biodiversité agricole.

Depuis des générations, les communautés rurales sélectionnent, reproduisent, échangent et conservent des semences adaptées à leurs terroirs. Ces pratiques constituent un savoir collectif indispensable à la résilience des systèmes alimentaires, particulièrement dans un contexte de changements climatiques.

La table ronde offre ainsi un espace de réflexion sur les mécanismes permettant de garantir aux paysans la possibilité de conserver, utiliser, sélectionner, multiplier et échanger leurs semences, tout en protégeant les connaissances traditionnelles qui leur sont associées.

Des regards croisés d’experts

Les échanges réunissent plusieurs profils autour de cette problématique complexe.

Yvan Youmssi, expert, apporte son regard sur les mutations technologiques et leurs implications pour le monde agricole. À ses côtés, Dr Françoise Agbodjo, spécialiste des politiques agricoles, contribue à décrypter les dimensions institutionnelles et réglementaires qui encadrent les systèmes semenciers.

Les travaux sont modérés par Raphaël Meigno Bokagne, porte-parole de la Convergence globale des luttes pour la terre et l’eau – Afrique centrale (CGLTE-A.C.), qui assure la conduite des échanges et la mise en perspective des différentes contributions.

Au-delà des aspects techniques, cette table ronde pose une question politique et sociale majeure : qui doit décider de l’avenir des semences ? Pour les organisations engagées dans la défense des droits paysans, la souveraineté alimentaire ne saurait être dissociée de la souveraineté semencière. La capacité des communautés à maîtriser leurs ressources génétiques, à préserver leurs variétés locales et à transmettre leurs savoirs constitue un élément essentiel de leur autonomie.

Dans cette perspective, les innovations technologiques peuvent représenter une opportunité, à condition qu’elles soient accessibles, adaptées aux réalités locales, respectueuses des droits des paysans et orientées vers la préservation de la biodiversité.

La rencontre du jour entend ainsi nourrir le débat sur les politiques semencières en Afrique centrale et faire émerger des pistes susceptibles de concilier progrès technologique, droits des communautés paysannes, biodiversité et souveraineté alimentaire.

Une chose se dégage déjà des premiers échanges : l’avenir des semences africaines ne se jouera pas uniquement dans les laboratoires. Il se joue aussi dans les champs, dans les communautés et dans la capacité des paysans à rester acteurs de leurs propres systèmes alimentaires.

MOMHA

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