Riziculture : Le Cameroun passe à l’offensive pour conquérir sa souveraineté alimentaire

Face à une dépendance persistante aux importations, Yaoundé accélère la cadence. Entre partenariats internationaux massifs et subventions records, le pays se donne les moyens de transformer ses terres en véritables greniers à riz d’ici 2030.

Le constat est sans appel : le Cameroun consomme plus de 800 000 tonnes de riz par an, mais n’en produit qu’environ 360 000. Pour combler ce déficit qui pèse lourdement sur la balance commerciale, le gouvernement a enclenché la vitesse supérieure. L’objectif est clair : atteindre une production nationale de 750 000 tonnes à l’horizon 2030.

Un investissement de 98 milliards avec Israël

Le tournant de cette stratégie s’est matérialisé en mars 2026 par la signature d’un accord historique avec la firme israélienne Ekobell. Ce projet de 98,4 milliards FCFA prévoit l’aménagement de 10 000 hectares dans les régions du Nord et de l’Adamaoua. À terme, ce sont près de 47 000 tonnes de riz paddy qui sortiront de terre, boostées par des technologies d’irrigation de pointe.

Le réveil des géants nationaux

L’État ne compte pas uniquement sur les investissements étrangers. Pour l’exercice 2026, une enveloppe de 9 milliards FCFA a été débloquée pour soutenir les piliers historiques de la filière : la SEMRY (Nord) et l’UNVDA (Nord-Ouest). Cette aide directe vise à moderniser les infrastructures de pompage et à faciliter l’accès des cultivateurs aux intrants.

Parallèlement, la promotion du riz pluvial gagne du terrain. Moins exigeant en eau que le riz irrigué, il permet à des milliers de petits producteurs, formés via des programmes comme le Proderip, de se lancer dans l’aventure sur l’ensemble du territoire, notamment dans les zones forestières et les hautes terres.

Les défis de la transformation

Produire est une chose, transformer et commercialiser en est une autre. Le défi majeur reste la qualité de l’usinage pour concurrencer le riz importé d’Asie, souvent jugé plus « propre » par les consommateurs urbains. Grâce aux financements du Fonds de l’OPEP et du FIDA, de nouvelles unités de transformation voient le jour pour offrir un « Riz du Cameroun » plus compétitif en rayon.

La bataille du riz est lancée. Si les investissements se maintiennent, le pays pourrait non seulement nourrir sa population, mais aussi devenir un exportateur clé pour la sous-région Afrique Centrale.

Partagez
Tweetez
Partagez