Agriculture à l’Ouest : La pluie de mars, entre soulagement et incertitude pour les paysans

Bafoussam – Les premières gouttes tombées hier sur les Hautes Terres de l’Ouest ne sont pas de simples averses. Pour les milliers d’agriculteurs de la région, elles sonnent le gong de la première campagne agricole de 2026. Mais dans un contexte de dérèglement climatique, ce retour de l’eau suscite autant d’espoir que d’inquiétudes.

 Nous Sommes allé à la rencontre de  Maman Clarisse, productrice de maïs et de pommes de terre à l’Ouest.

Sonha Média : Maman Clarisse, nous vous trouvons ici, la houe à la main, juste après les pluies d’hier. Quel est votre sentiment ce matin ?
Maman Clarisse : (Sourire essoufflé) Ah mon fils, c’est le soulagement ! On regardait le ciel tous les jours depuis février. La terre était devenue dure comme du béton, on ne pouvait même pas enfoncer la pioche. Hier, quand l’orage a éclaté, on a dit « Dieu merci ». Ce matin, l’odeur de la terre mouillée là… c’est l’odeur de l’espoir. La terre a enfin bu, maintenant c’est à nous de jouer.
Sonha Média : Est-ce que vous allez commencer à semer immédiatement ?
Maman Clarisse : On ne se presse pas trop. Une seule pluie ne suffit pas pour « refroidir » le sol en profondeur. Aujourd’hui, je finis de nettoyer les mauvaises herbes et je prépare mes billons bien hauts pour que l’eau ne noie pas mes semences. Si une deuxième pluie tombe demain ou après-demain, alors là, lundi matin, toute la famille sera au champ pour mettre le maïs et les arachides.
Sonha Média : On parle beaucoup du changement climatique et des pluies qui s’arrêtent brusquement. Est-ce que cela vous inquiète ?
Maman Clarisse : Bien sûr ! Avant, on connaissait nos dates. Aujourd’hui, le climat est devenu « menteur ». Parfois la pluie vient, on sème tout, et puis elle disparaît pendant deux semaines. Le maïs grille dans le sol. C’est pour ça que cette année, je ne mets pas tout mon stock de semences d’un coup. Je sème une partie, j’attends de voir si la saison s’installe vraiment, et je sèmerai le reste plus tard. On devient des « ingénieurs du ciel » par la force des choses !
Sonha Média : Quel est votre plus grand souhait pour cette campagne ?
Maman Clarisse : Que le ciel soit régulier, tout simplement. Et que les engrais ne coûtent pas trop cher cette année, parce qu’avec la pluie forte qui arrive, il va falloir nourrir la terre pour espérer remplir les sacs en juin. Si la récolte est bonne, le marché de Bafoussam sera plein, et nos enfants pourront aller à l’école sans soucis.
 
Encadré : Le conseil de l’expert (ONACC)
Pour réussir ce début de campagne malgré l’instabilité climatique, voici les trois règles d’or à suivre dès maintenant :
  1. Le test de la profondeur : Ne semez pas à la première averse. Vérifiez que l’humidité a pénétré le sol sur au moins 10 à 15 cm. Semer dans un sol « chauffé » mais sec en profondeur brûle les germes.
  2. La stratégie du fractionnement : Comme Maman Clarisse, ne mettez pas toutes vos semences en terre le même jour. Divisez vos stocks pour semer à 7 ou 10 jours d’intervalle. Cela limite les pertes si une « pause sèche » survient en avril.
  3. Le buttage préventif : Pour la pomme de terre, montez des billons hauts et larges. Cela favorise le développement des tubercules et évite qu’ils ne pourrissent si les pluies de fin mars sont trop violentes.
 

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