L’élevage du « Poulet du Village » : La mine d’or méconnue de l’agropastoralisme au Cameroun

Longtemps considéré comme une simple activité de subsistance, l’élevage de la poule locale — le célèbre « poulet villageois » — s’impose aujourd’hui comme un business stratégique. Entre faible investissement et forte demande urbaine, voici comment transformer cette tradition en une exploitation rentable.
Un marché porté par le goût et la santé
Au Cameroun, le poulet de chair industriel occupe une large part du marché, mais le consommateur garde une préférence indétrônable pour le poulet local. Sa chair ferme et son goût authentique lui permettent de se négocier entre 3 500 FCFA et 5 000 FCFA l’unité sur les marchés de Yaoundé ou Douala. C’est un produit de luxe accessible, prisé pour les grandes occasions et la santé.
Les 3 piliers d’une exploitation moderne
Pour passer de l’élevage de « cueillette » à une véritable entreprise, trois leviers sont essentiels :
  1. L’habitat stratégique : Fini l’errance totale. Un poulailler propre, bâti avec des matériaux locaux (planches, bambous), protège les oiseaux des prédateurs et des intempéries. Une bonne hygiène réduit drastiquement la mortalité, premier frein de l’activité.
  2. L’alimentation optimisée : Si le poulet villageois est rustique, un complément (maïs concassé, tourteau de soja, restes de cuisine sains) accélère sa croissance. L’eau doit être propre et permanente : une poule qui ne boit pas est une poule qui ne pond pas.
  3. Le suivi sanitaire : La réussite repose sur un calendrier de vaccination strict (notamment contre la maladie de Newcastle). Des solutions naturelles (aloe vera, neem) peuvent aussi renforcer le système immunitaire.

M. Kamdem, éleveur à Bafoussam (Ouest-Cameroun)
M. Kamdem, pourquoi avoir choisi le « villageois » plutôt que le poulet de chair classique ?
M. Kamdem : C’est une question de sécurité. Le poulet de chair, si tu rates un jour d’aliment ou si le prix du soja grimpe, tu perds ton bénéfice. Le villageois est rustique. Ici à l’Ouest, le climat est frais, mais ils s’adaptent. Surtout, la demande est incroyable : je vends mes coqs de 6 mois à 5 000 FCFA sans même forcer au marché de Bafoussam.
Rédaction : Quelle a été votre plus grosse difficulté au début ?
M. Kamdem : La mortalité des poussins. Au village, on laisse la mère errer avec ses petits, et les éperviers ou le froid en tuent la moitié. J’ai compris qu’il fallait une « poussinière ». Je garde les poussins enfermés et au chaud les trois premières semaines avec un vaccin contre la peste (Newcastle). Mon taux de survie est passé de 40% à 90%.
Rédaction : Un conseil pour un jeune qui veut se lancer avec 50 000 FCFA ?
M. Kamdem : Ne cherche pas à construire un château. Utilise le bambou et les chutes de planches. Achète 10 bonnes poules locales et 2 coqs vigoureux. Ne dépense pas tout dans l’aliment du marché ; utilise le maïs de nos champs. Le secret, c’est l’hygiène et la patience.

Un ticket d’entrée accessible
Avec un budget de 50 000 à 100 000 FCFA, un entrepreneur peut démarrer un noyau reproducteur. Le véritable « boost » vient de l’incubation : en investissant plus tard dans une petite couveuse, l’éleveur peut stabiliser sa production et vendre des poussins d’un jour, créant ainsi une source de revenus mensuelle régulière.
En conclusion, le poulet villageois est une solution concrète pour la sécurité alimentaire et l’autonomie financière au Cameroun. Le secret de la richesse est là, dans nos cours arrière, pourvu qu’on y apporte un peu de méthode.
Partagez
Tweetez
Partagez