Sous l’impulsion du Centre de Formation Professionnelle (CPF) de Mbouo, Garoua a accueilli la première foire des acteurs de l’agriculture biologique. Entre cris d’alerte face au dérèglement climatique et solutions locales, le Grand-Nord dessine son nouveau plan de survie.
À Garoua, la terre ne répond plus comme avant. Ce constat, partagé par des centaines de producteurs venus de l’Extrême-Nord, du Nord et de l’Adamaoua le 14 avril dernier, a servi de toile de fond à la foire du bio organisée dans le cadre du projet PCAC/KCOA. L’enjeu dépasse désormais la simple protection de l’environnement : il s’agit de souveraineté alimentaire.
Une terre « sous perfusion »
Le diagnostic posé lors des tables rondes est clinique. Les agriculteurs décrivent un calendrier agricole « bouleversé » : les pluies d’août n’arrivent qu’en septembre, les semis de mars brûlent sous des chaleurs records. À cela s’ajoute une dépendance toxique : celle des semences dites « sous perfusion », incapables de germer sans un apport massif d’intrants chimiques coûteux.
« Il faut revenir à des pratiques respectueuses pour préserver la durabilité de nos systèmes », a martelé le Secrétaire Général de la Région du Nord, rappelant que la promotion du bio est désormais inscrite dans la loi camerounaise.
Les « quatre murs » du bio
Malgré la volonté des acteurs comme le CIPCRE, le SAILD ou INADES Formation, le passage au 100% biologique se heurte à des obstacles structurels majeurs :
- L’iniquité des subventions : L’argent public soutient massivement le chimique, délaissant les alternatives organiques.
- L’invisibilité des producteurs : Un manque de reconnaissance dans les dispositifs officiels.
- La dépendance semencière : Des variétés hybrides qui exigent des pesticides de synthèse.
- La menace biologique : L’avancée dévastatrice des chenilles légionnaires.
La riposte : Le « Compost 21 jours » et l’action collective
Face à ces défis, le CPF de Mbouo et ses partenaires ne comptent pas baisser les bras. Trois solutions concrètes ont été plébiscitées pour transformer l’essai :
D’abord, la généralisation du compost à cycle court (21 jours). Une technique révolutionnaire qui permet de fabriquer sa propre fertilité en trois semaines, sans importer de produits coûteux. Ensuite, la création de brigades phytosanitaires communautaires pour gérer collectivement les invasions de ravageurs. Enfin, un appel pressant à la recherche scientifique pour valider des itinéraires techniques bio adaptés au climat sahélien.
L’hommage rendu à Bernard Njonga, figure historique de la lutte pour le consommer local, a rappelé aux participants que le combat continue. À Garoua, le bio n’est plus perçu comme un luxe, mais comme l’unique chemin pour que les fils puissent encore cultiver la terre de leurs grands-pères.
Aimeric Armel Teinkam