L’élevage du « Poulet du Village » : La mine d’or méconnue de l’agropastoralisme au Cameroun

Longtemps considéré comme un élevage de subsistance, le poulet villageois s’impose aujourd’hui comme une véritable opportunité économique pour de nombreux ménages ruraux et périurbains. Facile à élever, peu exigeant en intrants et très prisé sur le marché, il séduit de plus en plus d’éleveurs en quête de revenus stables.

Sur les marchés de Yaoundé, de Bafoussam ou encore de Garoua, le poulet villageois se vend plus cher que le poulet de chair industriel. Apprécié pour son goût, sa texture et son mode d’élevage naturel, il est particulièrement recherché lors des cérémonies, fêtes religieuses et événements familiaux.

Selon les acteurs du secteur, un poulet villageois peut se vendre entre 5 000 et 10 000 FCFA, contre parfois moins pour un poulet industriel.

« Les clients préfèrent le poulet local. Même s’il est plus cher, ils savent qu’il est plus sain et plus savoureux », explique Mamadou Issa, vendeur au marché d’Etoudi.

Contrairement à l’élevage intensif, l’élevage de poulets villageois nécessite peu d’investissements. Les volailles se nourrissent en grande partie de ressources locales : restes de cuisine, insectes, céréales ou déchets agricoles. À Obala, Claudine N, éleveuse, a démarré avec une dizaine de poules. « J’ai commencé avec presque rien. Pas besoin de gros bâtiments ni d’aliments industriels coûteux », raconte-t-elle.

En quelques cycles de reproduction, son cheptel a considérablement augmenté. « En un an, je suis passée de 10 à plus de 60 poulets. Aujourd’hui, je peux vendre régulièrement. »

Une rentabilité progressive mais sûre

L’un des principaux atouts du poulet villageois réside dans sa capacité de reproduction naturelle. Une poule peut pondre 3 à 4 fois par an, avec en moyenne 10 à 15 œufs par couvée.

Même avec un taux de survie modéré, un petit élevage peut rapidement devenir rentable.

« Avec 20 poules, je peux produire plus de 200 poussins par an », explique Pierre Nguimfack, éleveur dans l’Ouest. En termes de revenus, certains éleveurs affirment générer entre 150 000 et 500 000 FCFA par an, selon la taille de leur élevage et leur capacité de gestion.

L’avantage économique repose sur la faible dépendance aux intrants. Contrairement à l’aviculture industrielle, les dépenses en alimentation et en médicaments restent limitées. « Je dépense moins de 30 % de ce que dépensent les éleveurs de poulets de chair », souligne Pierre. Cette réduction des coûts permet de dégager des marges intéressantes, même à petite échelle.

Des défis à relever

Malgré son potentiel, l’élevage de poulets villageois n’est pas sans difficultés. Les maladies, les prédateurs et le manque de suivi vétérinaire peuvent entraîner des pertes importantes. « Le plus dur, ce sont les maladies. Parfois, on peut perdre plusieurs poussins en quelques jours », confie Claudine. Le manque de formation et d’encadrement technique reste également un frein au développement de cette activité.

Face à ces défis, des initiatives émergent pour améliorer la productivité : vaccination, amélioration de l’habitat, alimentation complémentaire ou encore sélection des reproducteurs. Ces pratiques permettent d’augmenter les taux de survie et d’accélérer la croissance des volailles, tout en conservant les avantages du système traditionnel.

Accessible aux femmes et aux jeunes, l’élevage de poulets villageois représente un véritable levier d’autonomisation économique. « Avec cet élevage, je paie la scolarité de mes enfants et je gère mes dépenses quotidiennes », affirme Claudine.

À l’heure où la demande en produits locaux et naturels ne cesse de croître, le poulet villageois apparaît comme une filière d’avenir. Entre tradition et innovation, il offre une réponse concrète aux enjeux de sécurité alimentaire et de génération de revenus. Dans les cours des maisons comme dans les villages, une réalité s’impose : le poulet villageois n’est plus seulement un élevage de survie, il est devenu un véritable business rural.

Marguerite MOMHA

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