Dans un contexte marqué par la pression croissante sur les ressources naturelles, les organisations de la société civile d’Afrique centrale ont franchi un cap décisif. Réunies dans la capitale camerounaise du 24 au 26 mars 2026, elles ont officiellement adopté la Déclaration de Yaoundé, un texte fort qui pose les bases d’un engagement collectif en faveur de la souveraineté des peuples et de la justice environnementale.

Portée par la Convergence Globale de Lutte pour la Terre, l’Eau et les Semences en Afrique Centrale (CGLTE-AC), cette déclaration se veut bien plus qu’un simple document de plaidoyer. Elle incarne une véritable prise de position politique et sociale, face à ce que les acteurs qualifient de systèmes extractivistes responsables de la dégradation des écosystèmes et de la marginalisation des communautés locales.
Dans un ton sans détour, les signataires dénoncent la marchandisation des ressources naturelles et rappellent leur caractère fondamental : « La terre, l’eau, les forêts et la mer sont des droits fondamentaux et non des privilèges à exploiter », affirment-ils avec force.
Pour ces organisations, issues de plusieurs pays de la sous-région, la situation actuelle est préoccupante. Elles pointent du doigt des modèles économiques hérités de logiques coloniales et néocoloniales, qui continuent d’appauvrir les populations tout en fragilisant les équilibres écologiques.
Les communautés au cœur des décisions
Au cœur de cette déclaration se trouve une revendication centrale : replacer les communautés au centre de la gouvernance des ressources naturelles. Les acteurs de la société civile appellent à une transformation profonde des systèmes de gestion, où les populations locales ne seraient plus de simples bénéficiaires, mais de véritables décideurs et gardiens de leurs territoires.
Ils insistent également sur l’indissociabilité entre justice environnementale et justice sociale, soulignant que la protection de la nature ne peut être dissociée des conditions de vie des populations.
À travers la Déclaration de Yaoundé, les organisations tracent les contours d’une Afrique centrale différente :
une région où les ressources naturelles servent prioritairement les populations, où les écosystèmes sont protégés, et où les générations futures héritent d’un environnement viable.
Cette vision repose sur plusieurs piliers :
- La gouvernance communautaire des ressources,
- La valorisation des savoirs locaux,
- La solidarité régionale au-delà des frontières,
- Et la promotion de solutions endogènes déjà expérimentées sur le terrain.
Un appel à la mobilisation régionale et internationale
Les signataires ne comptent pas s’arrêter à cette déclaration. Ils s’engagent à mobiliser les États, à construire des alliances à l’échelle africaine et mondiale, et à interpeller les gouvernements ainsi que les entreprises sur leurs responsabilités.
Le rendez-vous de Cotonou 2026 est d’ores et déjà présenté comme une étape clé de cette dynamique. Il devrait réunir mouvements sociaux, agriculteurs, pêcheurs, jeunes et femmes leaders, dans une logique de co-construction d’un nouveau modèle de développement.
Un message fort : transformer les luttes en actions
Au-delà des mots, la Déclaration de Yaoundé se veut un appel à l’action.
« Un monde juste n’est pas un rêve c’est un devoir », martèlent les organisations, déterminées à transformer leurs revendications en changements concrets sur le terrain.
Dans une région où les enjeux fonciers, environnementaux et alimentaires sont de plus en plus pressants, cette mobilisation marque peut-être le début d’un tournant historique pour la défense des droits des communautés et la préservation des ressources naturelles en Afrique centrale.
Ci-Joint l’intégralité de la déclaration
Marguerite MOMHA