Elisabeth Atangana, présidente de la Concertation nationale des organisations paysannes du Cameroun (CNOP-CAM), appelle à placer les petits producteurs au cœur des politiques alimentaires. Dans un entretien accordé à notre rédaction à Yaoundé, elle plaide notamment pour un approvisionnement des cantines scolaires par les coopératives locales, afin de soutenir la production nationale et de renforcer la souveraineté alimentaire du Cameroun.
« Sans le petit producteur, il n’y a pas d’alimentation. » À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation célébrée ce 16 octobre 2026, cette conviction résume le combat porté par Elisabeth Atangana, présidente de la CNOP-CAM. Pour elle, cette célébration constitue une occasion de reconnaître le rôle essentiel des producteurs ruraux, tout en interpellant les pouvoirs publics sur les défis auxquels ils font face : accès aux financements, conservation des récoltes, transformation des produits locaux et débouchés commerciaux. Le constat dressé par la présidente de la CNOP-CAM est préoccupant. Malgré les potentialités agricoles du Cameroun, les importations de produits alimentaires, notamment le riz, le poisson congelé et le blé, occupent une place importante dans les habitudes de consommation. Une dépendance que la responsable paysanne considère comme un défi pour la souveraineté alimentaire nationale. Face à cette situation, elle défend les concepts « Manger africain, manger sain », qui invitent les consommateurs à privilégier les produits locaux, notamment le koki, le sanga, l’eru, le ndolé, l’igname et le manioc. Au-delà de la valorisation du patrimoine culinaire camerounais, cette démarche vise à encourager une alimentation diversifiée et à promouvoir les produits issus de pratiques agricoles respectueuses de l’environnement. Pour Elisabeth Atangana, le développement de l’agroécologie constitue ainsi un levier important pour améliorer la qualité de l’alimentation, soutenir les exploitations familiales et réduire la dépendance aux importations.
Les pertes post-récolte, un défi majeur
La présidente de la CNOP-CAM souligne que l’insécurité alimentaire ne résulte pas uniquement d’un déficit de production. Elle met également en cause les insuffisances en matière de conservation, de transformation et de commercialisation des récoltes. Selon elle, près de 40 % des récoltes seraient perdues après la production, notamment en raison du manque d’infrastructures de stockage et de conservation adaptées. Une situation qui fragilise les revenus des producteurs et réduit la disponibilité des denrées alimentaires sur les marchés. Pour y remédier, la CNOP-CAM préconise des investissements dans les infrastructures de conservation et de transformation, le développement de circuits de commercialisation adaptés ainsi que le renforcement des capacités techniques et entrepreneuriales des organisations paysannes. La mise en place de vitrines agroécologiques, permettant de rapprocher producteurs et consommateurs, figure également parmi les pistes défendues.
Les cantines scolaires, un débouché pour les coopératives locales
Parmi les propositions phares d’Elisabeth Atangana figure l’approvisionnement des cantines scolaires par les coopératives et les organisations paysannes locales. Tout en saluant l’initiative gouvernementale de généralisation des cantines scolaires, elle estime que ce dispositif pourrait contribuer davantage au développement de l’agriculture nationale si les denrées servies aux élèves provenaient prioritairement des producteurs locaux. « On ne peut pas faire des cantines scolaires avec du riz importé et du poisson importé », soutient-elle, plaidant pour une meilleure intégration des produits du terroir dans les menus scolaires. La présidente de la CNOP-CAM souhaite que des coopératives capables de répondre à la demande soient identifiées et accompagnées sur les plans technique, comptable, financier et organisationnel. L’objectif serait de leur permettre d’honorer des contrats de livraison auprès des établissements scolaires et des partenaires impliqués dans la mise en œuvre de ces programmes, notamment le Programme alimentaire mondial (PAM). Une telle orientation pourrait, selon elle, créer des débouchés réguliers pour les producteurs, améliorer les revenus des familles rurales et familiariser les enfants avec les aliments locaux.
Former les producteurs et financer la transition agroécologique
Au-delà de la consommation locale, Elisabeth Atangana insiste sur la nécessité de renforcer les compétences des producteurs. La CNOP-CAM mène des actions de sensibilisation dans les établissements scolaires, développe des centres de formation et accompagne les acteurs agricoles dans l’adoption des pratiques agroécologiques. Elle évoque également la convention signée avec le ministère de la Jeunesse et de l’Éducation civique (MINJEC) pour la formation des jeunes en agroécologie. Ces initiatives visent à favoriser l’émergence d’une nouvelle génération de producteurs capables de proposer des denrées de qualité et de répondre aux besoins des marchés. Toutefois, la transition agroécologique nécessite des moyens financiers adaptés. La responsable paysanne appelle ainsi à faciliter l’accès au financement pour les producteurs engagés dans des pratiques durables, tout en renforçant leur maîtrise des normes de qualité et des exigences commerciales.
Un appel à l’action collective
À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, la présidente de la CNOP-CAM invite les pouvoirs publics, les partenaires au développement, les médias et les consommateurs à agir de manière concertée. Pour elle, les orientations en faveur de l’import-substitution et de la promotion de la production nationale doivent se traduire par des mesures concrètes permettant de rendre les produits camerounais plus accessibles sur les marchés. Le défi est donc double : produire suffisamment et garantir que les récoltes parviennent effectivement aux consommateurs, dans de bonnes conditions de conservation et de qualité. En plaçant les petits producteurs, les coopératives et les organisations paysannes au centre de cette dynamique, Elisabeth Atangana défend une vision dans laquelle l’alimentation devient à la fois un enjeu de santé publique, de développement économique et de souveraineté nationale. Son message est clair : soutenir l’agriculture familiale et encourager la consommation locale constituent des leviers essentiels pour bâtir un système alimentaire camerounais plus résilient et durable.