Agriculture biologique à Douala : peut-on produire sans pesticides chimiques de nos jours?

À Douala, l’agriculture biologique reste encore une filière discrète, mais la question de la production sans pesticides chimiques prend de l’importance. Entre recherche de produits plus sûrs, préservation des sols et difficultés liées aux ravageurs, les producteurs sont confrontés à une équation complexe : produire suffisamment sans dépendre systématiquement des traitements chimiques. En août 2026, les expériences locales montrent que l’alternative existe, mais qu’elle demande davantage d’encadrement, de connaissances et de garanties. Dans les périphéries de Douala et dans plusieurs localités du Littoral, l’agriculture côtoie désormais une préoccupation devenue centrale : comment nourrir une population urbaine importante tout en limitant les impacts sur les sols, l’eau et la santé ?

La question est loin d’être théorique. Le ministère de l’Agriculture et du Développement rural (MINADER) dispose d’une Direction de la réglementation et du contrôle de qualité des intrants et produits agricoles chargée notamment de la réglementation relative à l’agriculture biologique, du contrôle de la qualité des intrants et de l’homologation des pesticides agricoles. Le même dispositif prévoit l’analyse des résidus toxiques présents dans les produits agricoles et alimentaires.

Oui, mais pas sans méthode

Produire sans pesticides chimiques ne signifie pas laisser les cultures se défendre seules. L’agriculture biologique repose sur une combinaison de pratiques : fertilisation organique, entretien des sols, rotation des cultures, prévention des maladies, surveillance des parcelles et recours à des moyens de lutte compatibles avec les principes de l’agriculture biologique.

Le MINADER indique d’ailleurs parmi ses missions la promotion de la fabrication et de l’utilisation des engrais biologiques et organiques ainsi que la conservation des sols. Une expérience intéressante existe dans le Littoral. La ferme MARHA, installée à Souza, dans le Moungo, à environ 30 kilomètres de Douala, est présentée comme une exploitation pratiquant une agriculture biologique diversifiée, notamment pour le fruit de la passion, l’ananas, la papaye, le cacao et le moringa. (Galerie MAM) Autre exemple : à Douala même, l’Institut universitaire de technologie de l’Université de Douala a développé des espaces agricoles destinés notamment à la production de gingembre, curcuma, citronnelle et cacao, avec une démarche de contrôle des intrants utilisés. (Cameroon-Tribune)Ces expériences montrent que la production agricole avec une réduction forte des intrants chimiques est possible dans l’environnement de Douala et du Littoral.

Le véritable défi : protéger les cultures

Pour un maraîcher, l’abandon des pesticides chimiques peut cependant représenter un risque économique.Tomate, piment, gombo et légumes-feuilles sont exposés aux insectes et aux maladies. Lorsque les attaques deviennent importantes, le producteur doit agir rapidement pour éviter de perdre toute ou partie de sa récolte.Témoignage de terrain à recueillir auprès d’un maraîcher de Douala : « Le bio demande plus de surveillance. Si tu attends que la maladie se répande dans toute la parcelle, il devient difficile de récupérer la culture. Nous devons donc observer régulièrement les plants et intervenir rapidement. »Cette réalité explique pourquoi il serait imprudent d’affirmer que tous les agriculteurs peuvent simplement abandonner les pesticides du jour au lendemain.Le Cameroun dispose d’ailleurs d’une réglementation phytosanitaire précise. En janvier 2026, lors de la 39e session de la Commission nationale d’homologation des produits phytosanitaires, le MINADER rappelait que seuls les produits homologués peuvent être commercialisés. La Commission examinait alors 90 dossiers, dont 49 dossiers d’homologation. (Cameroon-Tribune)Le débat porte donc sur deux approches complémentaires : développer les alternatives biologiques et, lorsque les traitements phytosanitaires sont nécessaires, renforcer leur encadrement.

Le climat ajoute une difficulté

À Douala, la pluviométrie et l’humidité constituent également un facteur à prendre en compte. Les conditions tropicales peuvent favoriser le développement de certaines maladies et compliquer la gestion des cultures.Le calendrier agricole publié par le MINADER en août 2026 pour la deuxième campagne agricole prend justement en compte les différentes zones agroécologiques du Cameroun. Cette actualité rappelle l’importance du calendrier, de la surveillance phytosanitaire et de l’adaptation des pratiques agricoles aux conditions locales.Pour les producteurs engagés dans une démarche biologique, l’enjeu est donc de prévenir les problèmes plutôt que de compter uniquement sur une intervention curative. Le consommateur veut du bio, mais il faut pouvoir le prouverUn autre problème apparaît au moment de la vente : comment le consommateur peut-il savoir qu’un produit est réellement biologique ? Sur les marchés de Douala, les appellations « naturel », « sans produits chimiques » ou « bio » peuvent être utilisées sans que le consommateur dispose nécessairement d’une preuve.

Témoignage de Monsieur EWANE dans un marché de Douala :

« Je suis intéressé par les produits biologiques, mais j’ai besoin de savoir comment reconnaître un vrai produit bio. Si le vendeur me dit seulement que c’est bio, je ne peux pas vérifier. » Cette question de la confiance pourrait devenir l’un des grands enjeux du développement de la filière. Il est cependant à considérer que certaines formations se réservent la possibilité de confirmer et même de certifier le caractère biologique des produits mis sur  certains marchés dont ils ont l’accès.

Une agriculture possible, mais qui doit être accompagnée

À la question « peut-on produire sans pesticides chimiques à Douala ? », la réponse est donc oui, mais avec des limites et des conditions. Des initiatives existent dans le Littoral, des structures publiques encadrent l’agriculture biologique et les intrants, tandis que des producteurs expérimentent des méthodes reposant davantage sur les ressources organiques et la prévention. Mais la généralisation de ces pratiques nécessite davantage de formation, d’accompagnement technique, de recherche et de mécanismes crédibles de contrôle. Le sujet est d’autant plus actuel que le Cameroun cherche simultanément à accroître sa production agricole et à améliorer la durabilité de ses systèmes de production. Pour les producteurs, l’objectif n’est pas seulement de supprimer un produit chimique. Il s’agit de réorganiser toute la manière de produire. Pour les consommateurs, l’enjeu est différent : avoir accès à des produits dont les conditions de production peuvent être vérifiées.

À Douala, l’agriculture biologique n’est donc peut-être pas encore une pratique dominante. Mais elle n’est plus une simple idée. Elle existe déjà dans le Littoral et pose désormais une question essentielle : comment passer de quelques expériences individuelles à une véritable filière, crédible, contrôlée et économiquement viable ?

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