Zone forestière : le maïs, le haricot et le soja, ces cultures au cœur de l’économie rurale

Dans les zones forestières du Cameroun, le maïs, le haricot et le soja deviennent des filières agricoles stratégiques. Entre innovations agroécologiques, opportunités de marché et défis de commercialisation, ces cultures redessinent progressivement l’économie rurale.

le maïs, le haricot et le soja, ces cultures au cœur de l’économie rurale
le maïs, le haricot et le soja, ces cultures au cœur de l’économie rurale

Dans les zones forestières du Cameroun, la production et la commercialisation du maïs, du haricot et du soja prennent une importance grandissante dans les stratégies de sécurité alimentaire et de génération de revenus des ménages ruraux. Longtemps dominées par des cultures de subsistance, ces zones voient aujourd’hui émerger de véritables chaînes de valeur agricoles, portées par une demande croissante des marchés et par l’adoption progressive de pratiques agroécologiques.

Du Centre à l’Est en passant par le Sud du pays, ces spéculations constituent désormais des cultures stratégiques pour de nombreux producteurs. Riches en débouchés et relativement adaptées aux conditions agroécologiques de la zone forestière, elles offrent des perspectives intéressantes aussi bien pour la consommation familiale que pour la commercialisation.

Le maïs reste l’une des céréales les plus cultivées dans les zones forestières. Utilisé dans l’alimentation humaine et animale, il représente une source importante de revenus pour les exploitations familiales.

Le haricot et le soja, quant à eux, gagnent progressivement du terrain grâce à leur forte valeur nutritive et à leur potentiel économique. Le soja, particulièrement recherché pour la fabrication des aliments pour bétail, des huiles et de certains produits transformés, attire de plus en plus de producteurs.

« Aujourd’hui, le soja est devenu une culture rentable. Les acheteurs viennent directement au village », explique Jean Pierre ONANA, producteur dans la région de l’Est.

Des pratiques agroécologiques qui améliorent les rendements

Face à la baisse de fertilité des sols et au coût élevé des intrants chimiques, plusieurs producteurs adoptent des techniques agroécologiques pour améliorer leur production. L’association culturale, le compostage, les biofertilisants naturels ou encore l’intégration des légumineuses dans les parcelles permettent de restaurer progressivement les terres agricoles.

Dans certaines exploitations pilotes, l’association du maïs avec le soja a permis d’augmenter les rendements de maïs de près de 30 %, passant d’environ 1 000 kg à 1 300 kg par hectare. Cette pratique améliore également la fertilité des sols grâce à la capacité du soja à fixer naturellement l’azote.

« Avant, nos sols s’épuisaient rapidement. Avec les associations culturales et le compost, nous voyons la différence », témoigne Marthe BEYALA, productrice de haricot dans le Sud Cameroun.

Une commercialisation encore confrontée à plusieurs défis

Malgré leur potentiel, les chaînes de valeur du maïs, du haricot et du soja restent confrontées à plusieurs contraintes. Les difficultés d’accès aux routes, les pertes post-récoltes, le manque d’équipements de stockage et les fluctuations des prix limitent encore les revenus des producteurs. Dans plusieurs localités, les agriculteurs sont souvent contraints de vendre leurs récoltes immédiatement après la production, parfois à des prix peu avantageux.

« Nous produisons beaucoup, mais le problème reste le stockage et l’accès au marché », regrette un producteur de soja à Bertoua. Les acteurs du secteur estiment pourtant que l’amélioration des infrastructures rurales et l’accès au financement pourraient considérablement renforcer la compétitivité de ces filières.

La transformation locale, un potentiel encore sous-exploité

Au-delà de la production brute, plusieurs initiatives encouragent désormais la transformation locale du maïs, du haricot et du soja. Farines enrichies, huiles végétales, aliments pour bétail ou produits dérivés ouvrent de nouvelles opportunités économiques, notamment pour les femmes et les jeunes.

Cette transformation permet non seulement d’augmenter la valeur ajoutée des productions, mais aussi de créer des emplois en milieu rural.

Pour les spécialistes du développement rural, l’avenir de ces filières passe par une meilleure organisation des producteurs, l’accès aux semences de qualité, le renforcement des capacités techniques et le développement de mécanismes de financement adaptés.

Dans un contexte marqué par le changement climatique et la pression sur les terres agricoles, le maïs, le haricot et le soja apparaissent comme des cultures capables de soutenir une agriculture plus résiliente et plus durable.

Au-delà de leur dimension économique, ces chaînes de valeur jouent un rôle essentiel dans l’alimentation des ménages. Riches en protéines et en énergie, le maïs, le haricot et le soja contribuent directement à la lutte contre l’insécurité alimentaire et la malnutrition.

Dans les villages de la zone forestière, une conviction grandit peu à peu :
l’avenir agricole pourrait bien se construire autour de ces cultures locales à fort potentiel.

MOMHA Marguerite

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