La bouse de vache, ce trésor que les paysans redécouvrent Utilisée comme fertilisant naturel, la bouse de vache gagne du terrain dans les exploitations engagées en agriculture biologique. Peu coûteuse, locale et efficace, elle aide de nombreux producteurs à restaurer leurs sols, réduire leurs dépenses et retrouver espoir.
Longtemps considérée comme un simple déchet d’élevage, la bouse de vache révèle aujourd’hui toute sa valeur dans les exploitations engagées en agriculture biologique. Fertilisant naturel, activateur de compost, base de biofertilisants ou encore alliée de la restauration des sols, elle s’impose peu à peu comme une ressource stratégique pour de nombreux producteurs à la recherche de solutions locales, accessibles et durables.
Dans plusieurs exploitations agricoles du Cameroun, cette matière organique autrefois négligée est désormais perçue comme une véritable richesse agricole, capable d’améliorer la fertilité des terres, de réduire les coûts de production et de limiter la dépendance aux intrants chimiques. Pour de nombreux paysans, la bouse de vache n’est plus seulement liée à l’élevage : elle est devenue un outil de résilience face à l’appauvrissement des sols et à la hausse du coût des engrais.
En agriculture biologique, la santé du sol est au cœur de la production. Et dans cette logique, la bouse de vache joue un rôle central. Utilisée fraîche ou compostée, seule ou mélangée à d’autres matières organiques, elle permet de nourrir le sol en éléments nutritifs, de stimuler la vie microbienne et d’améliorer la structure de la terre.
Pour les producteurs qui l’utilisent, ses bénéfices sont visibles : des cultures plus vigoureuses, une meilleure rétention d’eau, des sols plus souples et, à terme, de meilleurs rendements. Mais au-delà des effets agronomiques, c’est aussi son accessibilité qui fait sa force. Là où les engrais minéraux deviennent parfois inabordables, la bouse de vache représente une ressource disponible localement, souvent gratuite ou peu coûteuse.
« Avant, je passais sur la bouse sans la voir »
À Bamunka, dans la région du Nord-Ouest, Aïssatou N., maraîchère de 39 ans, raconte comment son regard sur la bouse de vache a radicalement changé après une formation en pratiques agroécologiques. « Avant, je passais sur la bouse sans la voir. Pour moi, c’était sale, ça sentait mauvais et ça n’avait aucune utilité. Aujourd’hui, je peux dire que c’est elle qui a sauvé mon jardin. »
Elle explique qu’après plusieurs saisons marquées par de faibles rendements et des dépenses répétées en intrants, elle a commencé à produire son propre compost à base de bouse de vache, de feuilles sèches et de résidus de cuisine. « J’ai vu la différence très vite. Mes légumes ont mieux poussé, le sol gardait plus l’humidité et surtout, j’ai réduit mes dépenses. Même quand je n’ai pas beaucoup d’argent, je peux encore produire. »
Pour cette mère de famille, l’usage de la bouse de vache a apporté plus qu’un simple gain agricole : il a redonné confiance à son activité.
« C’est avec ça que j’ai redonné vie à mon champ »
Dans la région de l’Adamaoua, Moussa D., producteur de maïs et de niébé, parle de ses terres comme d’un héritage qu’il refusait de voir s’épuiser. « Mon champ était fatigué. Chaque année, je semais, mais le sol ne répondait plus. On avait l’impression qu’il était mort. »
C’est en intégrant progressivement la bouse de vache dans ses pratiques qu’il dit avoir observé une transformation. « Quand j’ai commencé à l’utiliser, j’ai compris que la terre aussi a besoin d’être nourrie. Ce n’est pas seulement la plante qu’on doit regarder. C’est avec ça que j’ai redonné vie à mon champ. »
Aujourd’hui, il utilise la bouse aussi bien pour fertiliser ses parcelles que pour préparer des mélanges organiques destinés à renforcer ses cultures. Pour lui, cette ressource représente une forme d’autonomie.« Même si je n’ai pas de gros moyens, je sais que je peux travailler avec ce que j’ai autour de moi. C’est ça qui donne de la force au paysan. »
Ce qui séduit aussi les utilisateurs, c’est la simplicité d’intégration de la bouse de vache dans les systèmes agricoles. Mélangée à des résidus végétaux, transformée en compost ou utilisée dans certains extraits fermentés, elle s’adapte aussi bien aux cultures vivrières qu’au maraîchage ou à l’arboriculture.
Dans plusieurs localités, des producteurs témoignent également d’un changement de mentalité : ce qui était auparavant rejeté ou laissé au hasard devient aujourd’hui une matière première précieuse, intégrée dans une logique circulaire où rien ne se perd.
« Nous avons appris à voir la richesse là où on voyait la saleté »
Pour Clarisse M., animatrice communautaire engagée dans l’accompagnement des groupes de femmes, la bouse de vache a aussi une portée pédagogique et sociale. « Nous avons appris à voir la richesse là où on voyait la saleté. Et quand les femmes comprennent cela, elles se rendent compte qu’elles peuvent produire avec peu de moyens. »
Elle insiste sur le fait que l’appropriation de ces ressources locales change profondément la manière de concevoir l’agriculture. « Beaucoup de femmes pensent qu’il faut forcément acheter cher pour bien produire. Mais quand elles voient que la bouse de vache peut nourrir le sol et améliorer les récoltes, elles reprennent confiance. »
À ses yeux, cette matière organique devient aussi un symbole de savoir-faire paysan et de réappropriation des pratiques agricoles durables.
À mesure que les débats sur la qualité des sols, la santé des consommateurs et la durabilité des systèmes agricoles prennent de l’ampleur, la valorisation de ressources locales comme la bouse de vache apparaît comme un enjeu majeur. Elle permet non seulement de renforcer la fertilité naturelle des terres, mais aussi de promouvoir une agriculture plus respectueuse de l’environnement et économiquement plus supportable pour les petits producteurs.
Dans un contexte de hausse des coûts des intrants et de fragilité croissante des exploitations familiales, cette « mine d’or » organique pourrait bien jouer un rôle central dans la transition agroécologique en cours.
Derrière l’image modeste de la bouse de vache se cache en réalité une leçon plus vaste : celle d’une agriculture qui apprend à mieux valoriser ses propres ressources. Pour les producteurs qui l’ont adoptée, elle n’est plus un rebut, mais une matière vivante, porteuse de fertilité, d’économie et d’espoir.
Et sur les terres qui reprennent vie grâce à elle, une conviction s’enracine peu à peu : en agriculture biologique, certaines des plus grandes richesses sont parfois celles que l’on avait le plus longtemps sous-estimées.
Marguerite MOMHA