Au Cameroun, l’environnement est reconnu comme un patrimoine commun de la nation. Cela se retrouve notamment dans la Loi n° 96/12 du 5 août 1996 portant loi-cadre relative à la gestion de l’environnement, qui constitue le texte juridique fondamental du pays dans ce domaine. Cette loi établit les principes généraux de protection des milieux naturels (air, eau, sol) et affirme que la gestion de l’environnement est d’intérêt public et doit être intégrée dans les politiques sectorielles telles que l’agriculture, l’énergie ou l’urbanisme. Elle confie également au Président de la République la définition de la politique environnementale nationale, tandis que sa mise en œuvre incombe au gouvernement et aux collectivités locales. Bien qu’ancien (adopté en 1996), ce texte reste une pierre angulaire du cadre réglementaire camerounais. Il est complété par de nombreuses autres législations sectorielles par exemple des codes spécifiques pour la minière, les ressources forestières et fauniques, la gestion des déchets ou les études d’impact environnemental.
S’agissant des forêts, la Loi n° 94/01 du 20 janvier 1994 portant régime des forêts, de la faune et de la pêche est l’un des textes les plus importants du pays en matière de gestion des ressources naturelles. Elle fixe les règles d’exploitation des forêts, les procédures de délivrance des concessions et reconnaît des formes de gestion participative, comme les forêts communautaires qui impliquent les populations locales. Cependant, elle a été récemment mise à jour pour répondre aux défis contemporains tels que la lutte contre la déforestation ou la restauration des paysages forestiers. Selon les autorités camerounaises, la nouvelle réglementation élargit aussi la participation des communautés à la gestion des aires protégées et encourage l’utilisation de revenus générés pour soutenir la conservation. De plus, il est bon de relever qu’un autre instrument fondamental est l’obligation pour certaines grandes activités d’effectuer une étude d’impact environnemental (EIE), dont les modalités sont fixées par décret. L’objectif est de s’assurer qu’un projet d’infrastructure ou industriel (par exemple une centrale, des routes, ou une mine) ne causera pas de dégâts graves aux milieux naturels, ou que des mesures d’atténuation soient prises si nécessaire. En outre, le Cameroun s’est engagé dans les politiques globales de lutte contre le changement climatique via sa participation à la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC) et l’Accord de Paris. Dans ce cadre, le pays a élaboré un Plan national d’adaptation au changement climatique qui vise à renforcer la résilience des secteurs vulnérables, comme l’agriculture et l’eau, tout en limitant les émissions de gaz à effet de serre.
La mise en œuvre de ces politiques repose sur plusieurs institutions clés : Le Ministère de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable (MINEPDED), chargé de concevoir et coordonner la politique environnementale nationale, surveiller la qualité des milieux et promouvoir la durabilité;le Ministère des Forêts et de la Faune (MINFOF), qui supervise l’application des lois forestières, la gestion des concessions et la protection de la faune sauvage; l’Observatoire national du changement climatique, qui collecte et analyse des données sur les effets du changement climatique et propose des stratégies d’adaptation et d’atténuation. Bien que ces institutions existent et disposent d’un mandat clair, elles font face à des défis sérieux en termes de moyens techniques, juridiques et humains pour assurer une mise en œuvre efficace des politiques.
Plusieurs rapports identifient un manque de mécanismes d’application et de sanctions, ce qui limite l’impact réel des lois. Par exemple, bien que le pays fasse partie de l’accord volontaire pour la légalité du bois avec l’Union européenne (VPA/FLEGT), il a été suspendu de cette coopération en raison de la persistance du commerce illégal du bois. De plus, malgré des règles strictes sur le marquage et la traçabilité des grumes, de nombreux camions transportent encore du bois sans respecter ces normes, favorisés par la corruption et la faible capacité de surveillance des autorités.
Un autre enjeu majeur concerne la gestion des terres et des droits des communautés locales et autochtones. Dans certains cas, des concessions forestières ou minières ont été attribuées sans consultation adéquate des populations concernées, entraînant des conflits fonciers et des pertes d’accès aux ressources traditionnelles. Cela pose une question centrale : comment concilier développement économique, respect des droits humains et protection de l’environnement ? Une mise en œuvre réellement durable de l’environnement nécessite non seulement des lois fortes, mais aussi l’inclusion des populations locales dans les décisions qui affectent leurs territoires.
Perspectives et recommandations: pour renforcer l’efficacité des politiques environnementales au Cameroun, plusieurs actions peuvent être envisagées. Il est question-là de: renforcer les capacités institutionnelles, notamment des juridictions et des services chargés de l’application des lois; améliorer la transparence et la participation citoyenne, en particulier dans l’octroi des permis et la gestion des concessions; moderniser le cadre réglementaire, en intégrant davantage de normes internationales contraignantes et en révisant des textes anciens et encourager l’économie verte, en offrant des incitations (par exemple fiscales) aux entreprises qui adoptent des pratiques durables.
A côté de tout ceci, de réelles actions sont implémentées dans le domaine de la promotion des Systèmes Semenciers Paysans par le biais d’activité culturelle telle que la Foire des Semences paysannes de l’Afrique Centrale (FOSPAC) qui est à sa 6ème édition en cette année 2026. Elle porte sur l’implication des institutions locales dans , en croisant les expériences de l’Afrique de l’Est, de l’Ouest et du Centre. L’objectif étant de créer un espace de dialogue inclusif à chaque édition, des discussions sur l’encadrement juridique et soutien gouvernemental sont les axes qui orientent le choix des thématiques à développer. Elle vise à analyser comment les communes, autorités administratives, organisations paysannes et partenaires techniques peuvent soutenir la production, la conservation et la valorisation des semences locales, véritables piliers de la souveraineté alimentaire et de l’agroécologie. Cette table ronde pourra permettre de partager des bonnes pratiques, d’identifier les obstacles juridiques, institutionnels et financiers, et de renforcer le dialogue entre décideurs et acteurs de terrain. À l’issue des échanges, les attentes sont claires : formuler des recommandations concrètes pour une meilleure intégration des systèmes semenciers paysans dans les politiques locales, favoriser des engagements institutionnels plus forts, encourager la coopération interrégionale et poser les bases d’actions concertées capables de sécuriser durablement les droits des paysans sur leurs semences et de renforcer la résilience alimentaire des territoires. Nous avons également cette thématique sur la réforme du TIRPAA et les avancées de la révision de la loi semencière, en s’interrogeant sur leur impact réel pour la reconnaissance juridique des Systèmes Semenciers Paysans. Il s’agit d’analyser comment les cadres internationaux et nationaux peuvent mieux protéger les droits des agriculteurs à conserver, utiliser, échanger et vendre leurs semences, tout en conciliant exigences réglementaires, innovation variétale et souveraineté alimentaire. L’exposé vise à clarifier les enjeux juridiques actuels, à présenter les progrès réalisés dans le processus de réforme et à ouvrir un dialogue sur les défis qui subsistent. Au demeurant, les attentes portent sur une meilleure compréhension des implications de ces réformes, l’identification de pistes concrètes pour intégrer pleinement les systèmes semenciers paysans dans la législation, et la formulation de recommandations capables de renforcer la sécurité juridique, la résilience agricole et la valorisation des savoirs locaux.
En résumé, les politiques et les réglementations environnementales au Cameroun reposent sur une base juridique bien établie, comprenant notamment la loi-cadre de 1996, des lois sectorielles pour les forêts, les mines, et des instruments comme les EIE. Cependant, l’efficacité de ce cadre est limitée par des défis d’application, des ressources institutionnelles insuffisantes et des conflits d’usage entre protection de l’environnement et développement économique. Pour relever ces défis, une mise en œuvre plus rigoureuse, une meilleure collaboration entre acteurs publics et privés et une participation active des communautés locales sont essentielles.
Raphaël Tsogo Pour Sonha média