De la poubelle à l’électricité : le projet qui pourrait changer Yaoundé

De la poubelle à l'électricité : le projet qui pourrait changer Yaoundé. Photo prise sur Actu Cameroun.
De la poubelle à l’électricité : le projet qui pourrait changer Yaoundé. Photo prise sur Actu Cameroun.

À Yaoundé, les montagnes d’ordures ne sont plus seulement un problème d’insalubrité. Elles pourraient devenir une solution énergétique majeure. Chaque jour, la capitale camerounaise produit des milliers de tonnes de déchets ménagers. Jusqu’ici perçus comme une charge, ces rebuts pourraient bientôt alimenter des foyers en électricité ou produire du biogaz. Un projet ambitieux, soutenu par des investissements annoncés à hauteur de 80 milliards de FCFA, promet de transformer les poubelles en ressource stratégique.

Mais au-delà des chiffres et des infrastructures, une question se pose : qu’est-ce que cela change concrètement pour le citoyen ?

À Yaoundé, les coupures d’électricité rythment le quotidien. Petits commerçants, ménages, ateliers artisanaux : tous subissent les fluctuations d’un réseau électrique encore fragile. Dans ce contexte, la valorisation énergétique des déchets apparaît comme une alternative crédible.

« Nous ne pouvons plus continuer à enfouir des ressources énergétiques », explique un ingénieur en gestion environnementale impliqué dans le projet. « Les déchets organiques produisent du méthane. Capté et transformé, ce gaz peut générer de l’électricité ou du biogaz domestique. »

En clair : les restes alimentaires, épluchures, déchets de marchés et autres matières organiques pourraient produire une énergie locale, plus stable, et potentiellement moins coûteuse.

Impact direct : vers des factures allégées ?

Pour les ménages, la première attente est financière. À Nkomkana, OMBOLO Jeannette, mère de trois enfants, témoigne :« Quand il y a coupure, je dois acheter du carburant pour le petit groupe électrogène. Ça coûte cher. Si on peut avoir une électricité plus stable et moins chère grâce aux déchets, ce serait un soulagement. »

Les experts estiment qu’à moyen terme, la production locale d’énergie pourrait réduire la dépendance aux importations d’énergie thermique coûteuse. Une baisse des coûts de production pourrait, si elle est bien répercutée, alléger les factures des ménages.

« L’enjeu sera la gouvernance », précise un économiste de l’énergie. « Si le modèle économique est transparent et bien structuré, les citoyens peuvent réellement bénéficier d’une énergie plus accessible. »

Au-delà de l’électricité, la valorisation énergétique des déchets offre un avantage immédiat : la réduction des dépôts sauvages. Moins d’ordures dans les quartiers signifie moins de risques sanitaires, moins d’inondations dues à l’obstruction des caniveaux, et une meilleure qualité de vie. À Mokolo, un commerçant confie :
« Quand les poubelles débordent, ça attire les moustiques et les rats. Si les déchets sont collectés pour produire de l’énergie, le quartier sera plus propre. »

La sécurité est aussi énergétique. Moins de groupes électrogènes bruyants, moins de stockage artisanal de carburant inflammable : une production centralisée d’énergie à partir des déchets pourrait réduire les risques d’incendie et les nuisances sonores.

Des emplois verts en perspective

Le projet ne se limite pas à produire de l’électricité. Il pourrait créer une nouvelle chaîne de valeur : collecte sélective, tri, exploitation des unités de méthanisation, maintenance technique.« La transition vers la valorisation énergétique des déchets peut générer des centaines d’emplois directs et indirects », affirme un responsable municipal. « Des jeunes pourront être formés dans les métiers du tri, de la maintenance industrielle ou de la gestion des unités de biogaz. »

Pour les récupérateurs informels, souvent marginalisés, une intégration dans un système structuré pourrait signifier un revenu plus stable et des conditions de travail plus dignes. Jean-Claude, collecteur indépendant, espère :
« Si on nous organise, qu’on nous donne des équipements et un cadre légal, on peut travailler mieux et gagner plus. »

80 milliards de FCFA : promesse ou tournant historique ?

L’annonce d’un investissement de 80 milliards de FCFA marque un signal fort. Toutefois, les citoyens restent prudents. Les projets d’infrastructure ont parfois souffert de retards ou d’un manque de suivi.« Ce n’est pas la première fois qu’on parle de transformation des déchets », rappelle une habitante de Bastos. « Ce que nous voulons voir, ce sont des résultats concrets : moins d’ordures, moins de coupures, des factures raisonnables. »

Les autorités, elles, insistent sur le caractère structurant du projet. Selon un cadre technique impliqué dans les études préliminaires, « il s’agit d’un changement de paradigme : passer d’une logique d’élimination des déchets à une logique de valorisation économique et énergétique ».

La réussite du projet dépendra aussi du comportement des citoyens. Le tri à la source, encore peu répandu, sera essentiel pour optimiser la production de biogaz. « Si les ménages séparent les déchets organiques des plastiques, le rendement énergétique sera bien meilleur », souligne un spécialiste en économie circulaire. « C’est un partenariat entre la ville et ses habitants. »

Des campagnes de sensibilisation et des incitations financières pourraient accompagner cette transition.

La valorisation énergétique des déchets à Yaoundé dépasse la simple innovation technologique. Elle touche directement le quotidien : facture d’électricité, emploi des jeunes, propreté des quartiers, sécurité sanitaire.

Si les promesses d’investissement se concrétisent et si la gestion est rigoureuse, les déchets urbains pourraient devenir une ressource stratégique pour la capitale. Une transformation qui ferait passer Yaoundé d’une ville submergée par ses ordures à une métropole pionnière de l’économie circulaire en Afrique centrale.

Le défi est immense. Mais pour les citoyens, l’espoir est clair : que la lumière qui éclaire leurs foyers puisse, demain, provenir de ce qu’ils jettent aujourd’hui.

Just Wait and See !

Marguerite MOMHA pour sonha média