
Au Cameroun, l’agriculture biologique n’est plus seulement une alternative écologique ; elle devient progressivement un laboratoire d’innovations technologiques et sociales. Des biopestifuges aux plateformes d’intelligence artificielle, en passant par les biofertilisants et la bioconversion des déchets, les acteurs agricoles expérimentent des solutions capables d’améliorer la productivité tout en préservant l’environnement.
En juillet 2025, lors des Journées d’Excellence de la Recherche Scientifique et de l’Innovation (JERSIC), plusieurs technologies ont été recensées pour renforcer la durabilité des systèmes alimentaires. Parmi elles:
- Une unité d’élevage de mouches soldats noires pour transformer les déchets organiques,
- Des engrais biologiques issus d’extraits fermentés de plus de 33 plantes,
- Des fertilisants à base de Rhizobium et de mycorhizes,
- ou encore un dispositif pour produire des engrais azotés. (Source Mediaterre)
Ces innovations illustrent une tendance forte : remplacer les intrants chimiques par des solutions naturelles et technologiquement maîtrisées. Par ailleurs, la production de biopestifuges est désormais considérée comme une innovation agroécologique majeure, permettant de réduire les effets négatifs des pesticides chimiques sur la santé et l’environnement tout en limitant la dépendance aux marchés internationaux. (DOAJ)
Les biofertilisants camerounais à la conquête du marché
La recherche locale joue un rôle déterminant. À l’Institut de recherche agricole pour le développement (IRAD), des scientifiques ont mis au point “Bactéria Promax”, un biofertilisant spécifique au riz composé d’inoculum microbien et d’amendements organiques. Cette technologie a été sélectionnée par le CORAF, preuve de sa pertinence pour la gestion intégrée des sols. (source Mediaterre)
Autre exemple : BioNBiochar, un brevet soumis à l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle, confirme l’essor des solutions locales pour lutter contre les bioagresseurs et améliorer la fertilité des terres. (Source Mediaterre)
Témoignage (chercheur)
« Cette édition met un accent particulier sur la gestion intégrée des sols afin de booster la production et productivité agricoles ». Une orientation qui correspond parfaitement aux exigences de l’agriculture biologique. La transformation digitale touche également les zones rurales. Dans le nord du pays, un doctorant en intelligence artificielle a lancé “Ndemri”, une plateforme de conseil agricole fonctionnant par SMS et accessible même sans internet. (Source Agripreneurs d’Afrique) Grâce à ce système, une étude a montré que les agriculteurs utilisateurs ont enregistré une hausse moyenne des rendements de 16,6 % et des revenus agricoles de 23 %. (Source Agripreneurs d’Afrique)
Témoignage (équipe du projet)
« Statistically significant improvements were observed among participants using NDEMRI. » (Source Agripreneurs d’Afrique). Au-delà des chiffres, cette innovation démontre que la technologie peut être inclusive, même dans des zones à faible connectivité.
Les coopératives innovent pour produire des intrants biologiques
À Bamenda, la coopérative Enhancing Organic Food Cropping Cooperative (ENOFOCC) a vu le jour pour développer des fertilisants organiques destinés aux producteurs locaux. En moins d’un an, elle a collecté plus de 257 sacs de déjections animales, ensuite transformées en compost amélioré pour faciliter leur transport et leur utilisation. Kelvin Akwo, cofondateur affirme « Nous avons compté sur notre diversité académique et la détermination pour réussir. » Cette initiative montre que l’innovation ne se limite pas aux laboratoires : elle peut aussi émerger de dynamiques communautaires. Plusieurs programmes renforcent cet écosystème. Le fonds global i4Ag soutient des innovations destinées à améliorer la productivité, renforcer la résilience climatique et assurer des moyens de subsistance durables dans le secteur agroalimentaire camerounais.
Dans le nord du pays, l’approche des « niches d’innovation » intégrant des systèmes agrosylvopastoraux a déjà montré un succès notable auprès des agriculteurs et partenaires locaux. (source CIFOR-ICRAF)
Enfin, la Foire nationale des innovations agroécologiques organisée à Yaoundé par INADES-Formation Cameroun a rassemblé producteurs, consommateurs et organisations pour promouvoir les chaînes de valeur biologiques et récompenser les meilleures initiatives. (KCOA)
Ces avancées confirment que l’agriculture biologique camerounaise entre dans une phase de modernisation rapide : biotechnologies, solutions numériques, recyclage des déchets et fertilisation naturelle convergent vers un modèle plus durable. Cependant, les défis restent importants : accès au financement, diffusion des innovations et formation des producteurs. Des organisations comme des fermes agro-industrielles proposent déjà des formations en agronomie et des solutions énergétiques durables pour accompagner cette mutation.
Loin de l’image d’une agriculture traditionnelle, le Cameroun s’affirme progressivement comme un terrain d’expérimentation pour l’agriculture biologique de demain. Les biofertilisants, l’intelligence artificielle ou encore la bioconversion des déchets témoignent d’un secteur en pleine transformation.
Si ces innovations continuent d’être soutenues et vulgarisées, elles pourraient non seulement améliorer la sécurité alimentaire, mais aussi positionner le pays comme un acteur majeur de l’agroécologie en Afrique centrale.
L’agriculture biologique camerounaise n’est plus seulement une promesse verte : elle devient une révolution technologique silencieuse, portée par des chercheurs, des entrepreneurs et des agriculteurs convaincus que la durabilité est aussi une question d’innovation.
MARGUERITE MOMHA pour SONHA MEDIA