Ouest-Cameroun, la détresse des producteurs de tomates face à la chute des prix

Depuis un moment, les agriculteurs camerounais sont  contraints de brader « l’or rouge » ou de le laisser pourrir dans les champs. Dans les marchés et parfois dans les carrefours on en voit qui vendent à la criée, interpellant les passants avec l’espoir qu’ils les allègent du poids d’un cageot ou de deux. Surendettés et la mort dans l’âme, ces jardiniers que la chute brusque des prix de ce qui était jusqu’à très récemment une grande source de revenus a surpris, ne savent à quel saint se vouer.

Cagots de tomate pris au marché Galim, dans les Bamboutos: la détresse des producteurs de tomates face à la chute des prix
Cagots de tomate pris au marché Galim, dans les Bamboutos: la détresse des producteurs de tomates face à la chute des prix

Il est 17h ce mercredi 4 janvier 2026. Le visage grave, Willy Petsoko observe désespéré ses cageots de tomates invendus. Arrivé tôt sur le marché Galim, dans les Bamboutos, il n’a pas eu de « chance » comme il dit. Le soleil qui glisse derrière l’horizon, lui rappelle le poids de sa destinée. Ses fruits , qu’il ne pourra conserver par faut d’un dispositif approprié, finiront certainement à la poubelle.  » La mère, prends même deux grands cageots à 3000frs », propose-t-il à une dame alors de passage. Mais la passante, comme toute réponse, tend le doigt vers un comptoir où on peut voir disposé trois cageots de tomates. Elle s’en est déjà procurer et n’attend plus que de les transporter.

Willy Petsoko retourne à son tabouret où il allume une cigarette. Le regard au loin, plongé dans ses pensées, il n’a même pas de force ni de mots à mettre sur ce qui lui arrive. « Cette année c’est la mort » finit il par lâcher . Alors que lors des crises post électorales l’on a connu des moments où le prix de la tomate a pris une réelle envolée, la chute des prix à suivi comme la  tempête après une brise. « Il n’y a que pendant le COVID que j’avais vu pareille situation. » ajoute -t-il, avant de conclure par un « je vais trouver l’argent des gens où ? » Question rehetorique que résume bien la profondeur de son mal et de celui de beaucoup d’autres empêtrés dans des dettes.

Cagots de tomate pris au marché Galim, dans les Bamboutos: la détresse des producteurs de tomates face à la chute des prix
Cagots de tomate pris au marché Galim, dans les Bamboutos: la détresse des producteurs de tomates face à la chute des prix

En effet, même si la tomate est devenue le légume le plus consommé par les Camerounais, la production annuelle moyenne de 889 800, dont 62% pour la seule région de l’ouest) selon les chiffres de Africa First Club,  inonde désormais les marchés, où les cageots ont vu leur cours tomber à  2 000 ou 2500 francs CFA, voire moins. Soit un prix trois  à quatre fois inférieur aux années précédentes.

On notera la situation d’autant difficile que plus de 329 000 petits planteurs, majoritairement dans les régions de l’Ouest (62 %), du Centre (28 %) et du Nord-Ouest (7 %), vivent de cette culture qui fournit 1,65 million d’emplois, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

« Quand tu investissais 1,5 million de francs CFA, tu pouvais faire un bénéfice annuel de près de 1 million. Mais voilà où on en est » nous confie Anabelle Petcha, une jeune diplômée de la FASA depuis installée à son compte. Une dizaine d’autres producteurs interrogés confirment que la tomate est «extrêmement rentable ». Ou plutôt l’était.

Cette situation constatée à Galim est aussi celle qui prévaut dans les autres. Elle illustre les fragilités d’un secteur clé de l’agriculture locale. Si le légume reste très prisé des consommateurs, l’absence de mécanismes de stockage, de transformation et de régulation des prix plonge des milliers de familles dans l’incertitude et la précarité. Au-delà des chiffres, ce sont des vies et des projets qui s’effritent, rappelant l’urgence de stratégies durables pour protéger ceux qui nourrissent le pays. Car derrière chaque cageot invendu, ce n’est pas seulement la tomate qui se perd, mais le travail et l’espoir de nombreux Camerounais.

Roméo Kambou, pour Sonha média