Le Cameroun se trouve à un tournant décisif de son histoire énergétique. Si historiquement le pays a largement tiré sa production d’électricité de l’hydroélectricité dont les grandes centrales classiques comme Édéa, Songloulou ou Memve’ele, ces installations, bien que puissantes, ne sont désormais plus considérées comme « renouvelables » selon la législation nationale car elles dépassent les seuils de puissance définis par la loi sur les énergies renouvelables de 2011. Dans le même temps, l’exploitation des autres filières (solaire, éolienne, biogaz) reste encore très basse, ne contribuant aujourd’hui qu’à une part très limitée du mix énergétique camerounais : moins de 5 % selon les données officielles les plus récentes ; l’objectif du gouvernement est de porter cette part à 25 % d’ici 2035, ce qui correspond à environ 1 500 MW de capacité renouvelable installée.
L’énergie solaire est probablement la filière la plus prometteuse pour transformer durablement l’accès à l’électricité dans de nombreuses régions du pays, notamment celles du Nord et de l’Extrême-Nord exposées à un fort ensoleillement. Au Cameroun, des projets solaires à moyenne échelle ont vu le jour récemment : par exemple, deux centrales photovoltaïques de 30 MWc chacune à Ngaoundéré et Garoua sont en cours de construction avec des capacités de stockage intégrées, destinées à stabiliser l’alimentation électrique locale. Ces installations utilisent des panneaux photovoltaïques modernes couplés à des batteries de stockage qui permettent de conserver l’électricité produite pendant les heures sans soleil. Grâce à ces technologies, qui intègrent des systèmes intelligents de gestion et de contrôle, l’énergie solaire devient plus fiable et compétitive face aux sources classiques.
L’énergie éolienne quant à elle, malgré un potentiel plus modéré au Cameroun comparé à des régions très ventées du monde, commence à attirer l’attention comme source complémentaire. Bien que l’éolien ne représente encore qu’une très faible part de l’énergie produite, l’intérêt pour les turbines moins puissantes mais adaptées aux conditions locales est croissant, notamment dans certaines zones côtières et dans le Nord du pays où des vitesses de vent plus régulières peuvent être exploitées.
Parlant de l’hydroélectricité, si cela est « classique » (grands barrages) a longtemps dominé la production d’électricité au Cameroun, de nouvelles approches se développent pour exploiter cette source de manière plus durable et équitable. Parmi les technologies avancées, on compte les mini-centrales hydroélectriques, de petite capacité (≤ 5 MW), qui peuvent être installées sur de petites rivières sans nécessiter la construction de vastes barrages ou la création de lacs artificiels, ce qui limite fortement les impacts sociaux et environnementaux. Parmi les projets hydroélectriques de grande envergure figure également le projet du barrage de Grand Eweng, qui, une fois achevé, devrait devenir la plus grande centrale hydroélectrique du pays, avec une capacité prévue de plus de 1 000 MW.
Le biogaz est une autre filière importante mais souvent sous-exploitée : il s’agit d’une technologie qui permet de produire du gaz combustible à partir de la décomposition contrôlée de matières organiques (déchets agricoles, résidus alimentaires, déchets animaux). Une fois purifié, ce gaz peut être utilisé pour produire de l’électricité ou alimenter des moteurs thermiques. Au Cameroun, des projets pilotes commencent à émerger dans le contexte d’agropoles ou de fermes intégrées où les déchets agricoles sont transformés en énergie. Cette approche permet à la fois de réduire les émissions de gaz à effet de serre, de valoriser des déchets et de produire de l’énergie localement pour des usages agricoles ou domestiques.
Nous avons d’une part, Alexandre Mbarga, ingénieur en énergie et fondateur d’une entreprise qui déploie des solutions solaires et biogaz dans les zones rurales au Cameroun, qui nous affirme « Ce qui m’a motivé, c’est de voir les effets directs que l’accès à l’électricité propre a sur la vie des communautés. Par exemple, dans la région de l’Adamaoua, nous avons connecté plusieurs villages isolés en quelques mois grâce à des mini-réseaux hybrides qui combinent solaire et biomasse. C’est une vraie révolution sociale et économique. Cependant, il reste des défis, notamment le financement et la réticence de certains acteurs à adopter des technologies innovantes. Ce qui manque, c’est davantage de partenariats public-privé, des incitations fiscales, et une formation locale pour entretenir ces systèmes à long terme. »
D’autre part, il y a Fatoumata, résidente d’un village dans la région de l’Est du Cameroun, qui déclare: « Avant l’installation d’un système solaire communautaire, notre village n’avait que quelques heures d’électricité par jour, et encore, souvent instable. Depuis que nous avons ces panneaux solaires avec batteries, c’est toute la vie du village qui a changé. Les enfants peuvent étudier le soir, ma petite boutique fonctionne plus longtemps, et l’accès à l’eau s’est amélioré grâce à une pompe électrique alimentée par le système. »
l’on peut alors dire sans risque de tromper que le Cameroun possède un potentiel immense en énergies renouvelables solaire, hydroélectricité, biogaz, et même certaines niches éoliennes qui reste encore largement sous-exploité. La mise en œuvre de technologies avancées, couplée à des politiques publiques ambitieuses, permet aujourd’hui de penser une transformation énergétique durable, résiliente et inclusive qui bénéficie à l’ensemble des populations. Les exemples concrets de projets solaires modernes, de mini-hydro centrales et d’initiatives biogaz montrent que des solutions innovantes peuvent être adaptées au contexte camerounais. Si ces efforts se poursuivent avec des investissements accrus et une implication locale renforcée, la transition vers un mix énergétique plus propre et plus équitable est non seulement possible, mais déjà en marche.
Raphaël Tsogo Pour Sonha média